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L’Eglise de Saint AUBIN d'APPENAI

Extrait du journal « Le Perche » du 14 Août 1997


L’église de St Aubin (Claire Fontaine à la Révolution) et reconstruite au 16eme siècle après un inoendie, est constituée de plusieurs éléments de différentes époques. L’abside qui comprend le choeur, donc le sanctuaire, est souvent la partie la plus ancienne des églises. Sacrée, on hésitait toujours à en modifier la nature. Ici, l’abside du début du 12ème siècle conserve encore un style roman similaire au chevet de l’abbatiale de Lessay (fin 11ème siècle) qui présente à la différence deux niveaux de baies. Le cordon intermédiaire formant larmier est significatif de l’art roman. On devine une porte latérale au Sud du chevet qui est aujourd’hui bouchée. De même une baie a dû être bouchée pour placer un retable plus important que celui que l’on voit aujourd’hui (19ème siècle). D’autres éléments nous permettent d’attester l’existence d’une église romane, comme l’archivolte de l’entrée de la nef dont les sculptures sont inspirées de motifs du haut Moyen-Age (bases carolingiennes de St Denis 9ème siècle) que l’on rencontre plus tardivement sur des édifices comme la cathédrale de Bayeux (12ème siècle) et l’église d’Aulnay (12ème siècle). Sur le mur Sud de la nef (première travée), deux petites baies bouchées dont 1’encadrement est fait en alternance de pierres rouges et grises rappellent des édifices plus primitifs comme à Corvey (10ème siècle) ou la basse oeuvre de Beauvais (fin 10ème siècle).
Le mur Sud de la nef n’a pas de larmier intermédiaire ni même le contrefort mince de l’abside mais son petit appareil est similaire en soubassement et change de nature. La corniche en pierre en cordon s’apparente au larmier de l’abside et se prolonge sur celle-ci. Le mur semble avoir été détruit puis reconstruit ultérieurement. Les baies (18ème siècle) et le chaînage Ouest (19ème siècle) sont de facture récente.


Le mur Nord de la nef est fait d’un gros appareil de moellons sans corniche. Les contreforts sont fortement dimensionnés, comme s’il était prévu qu’ils reprennent les retombées d’une voûte de pierre! En toute logique les autres murs étant plus anciens et sans contreforts, on pense que ceux ci étaient en place afin d’empêcher le devers du mur Sud de la nef vers une pente naturelle Sud-Nord Les contreforts à larmiers talutés sont en pierre dure (15ème siècle) Les baies ont été remplacées récemment (fin 19ème début 20ème siècle).
Le clocher-porche à l’Ouest de même appareil que le mur Nord présente une succession de retraites à larmier en bec de corbin sur quatre niveaux (16ème siècle) Il a la particularité de présenter au sommet à chaque angle quatre gargouilles. Il fut consolidé par des tirants au siècle dernier, puis par des longrines en béton armé lors de ces dernières décennies.
L’escalier en vis pour accéder au clocher est en chêne, avec une main courante à gorge du 16ème siècle.
La charpente de la nef est en chevron formant ferme (16ème - 17ème siècle). La flèche du clocher est de facture plus récente réutilisant des pièces de bois ancien.
Les vitraux losangés à filets géométriques de la nef datent du 19ème et ceux du clocher à joints de ciment des années 1950.
La statuaire présent des pièces du 16ème au 19siècle (Christ en bois polychrome 16ème s. et Saint Aubin en bois polychrome art populaire du 17ème siècle).
La voûte lambrissée actuelle date peut-être de la fin du 19ème siècle Mais les entraits, habillés en sapin à cette époque, sont en chêne chanfreinés du 16ème comme le poinçon et le reste de la charpente. Les chanfreins et moulurations sur cette partie de la charpente prouvent qu’il existait bien une voûte lambrissée bien avant celle du 19ème qui apparaît aujourd’hui. Les voûtes étaient alors en châtaignier ou en chêne avec des couvres-joints concentriques moulurés.
Les pierres tombales ne peuvent être lisibles et datées que par un paléographe averti. Elles sont en granit rose.

Guillaume TROUVÉ      architecte du patrimoine

 

Quelques anecdotes :
Ancien évêque d’Angers, Saint-Aubin a en fait, donné son nom à de nombreuses communes de France, une trentaine à la seule région Normandie.
Au moment de la Révolution, Saint-Aubin s’appellera pendant quelques années Clairefontaine. A cette époque, le curé Hébert réussira à rester caché pendant huit ans, preuve en quelque sorte qu’il existait à Saint- Aubin, un îlot de gens très attachés à la royauté.

Concernant l’église, on notera encore qu’il y fut commis un sacrilège en 1905, année de séparation de l’église et de l’état. Des gendarmes forcèrent la porte et entrèrent à cheval dans l’église.

 

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